Qu'on le veuille ou non, je suis un mâle blanc, vacciné au jus de poireaux, pommes de terre, et vin rouge. Je fais les yeux doux dans le bouillon du gros Bruno tord-boyaux, du vieux, mais néamoins sympathique Perret... Je reste un goujat mal dégrossi, pas déconstruit du tout, ronchon qui grince des dents, sceptique devant la connerie ambiante. Planté dans mon champ de navets, je compulse des grimoires, des Bagatelles de chien mouillé qui lorgne depuis sa fenêtre des caracos, des mini-zupes, des engeances féminines d'avant l'ère Me Too.
Je n'ai pas les biscotos des couillons masculinistses, la barbe des hipsters, et les roustons qui vont avec. Pas plus que je n'ai la tronche livide des bouffeurs de tofu, des amateurs de lentilles, buveurs de jus de luzerne. Disons que je conserve dans mes placards les relents du XXe quand on fumait dans les trains, que l'on vendait les peaux de lapins au bout d'un bâton, et les politiques au bout d'une pique. Quand les tricots de corps, les "marcel" un peu crades, racontaient l'histoire des marlous qui se lavaient à la fontainre, tenaient permanence au comptoir, quand la bigote Yvonne, la donzelle du Général aux grandes oreilles, voulait interdire une chanson rigolote du gentil Pierrot... Notons, pour les étourdis, que notre Vénéré fut lui aussi victime des ciseaux de la censure, mais c'est une autre histoire... Pour résumer, le temps des scoubidous, et des doigts dans le pif. J'ai des chaussettes tire-bouchon, des culottes qui flottent dans le gaz honteux des bouffeurs de tripes, et la tonsure d'un moinillon défroqué. Les bisons tapent de la corne, et les indiens ont foutu le camp, lassés des grandes plaines de l'enfance, ou comme tout à chacun, j'ai chevauché des licornes, avalé des couleuvres...
Après, vous savez ce que l'on dit " Petits cons de la dernière averse, vieux cons des neiges d'antan..."
Journal Confus.
Page 1.