dimanche 15 mars 2026

 Vous le (la) verrez parfois, interdit au milieu du parc, planté (e) devant le kiosque, comme si la musique allait sortir d'un coup de baguette du chef de la fanfare, à regarder le tourniquet aux enfants sages, et les figurines interdites aux plus de cinq ans. On dirait qu'il rêve, qu'il a l'esprit ailleurs, mais non... Il est seulement perdu, en vertige, en équilibre instable sur ses deux pattes, à se demander ce qu'il fait là, pourquoi les arbres ont perdu leurs feuilles si tôt, comment s'en retourner d'où il vient sans se faire bigorner par les carrioles qui passent sans lui prêter attention. Le Moi, n'est pas ce truc abscon dont nous rebattent les philosophes des cavernes. C'est lui. C'est elle. C'est eux, c'est vous... C'est la sève juvénile, ou les ronces du vieillard. La force, la faiblesse, la joie, ou la tristesse. C'est des regards qui se croisent, des mains qui se serrent, des lèvres qui gercent, des bruits d'alcôve, des bagarres de poulailler, ou des pianos qui jouent quand tombent les bombes. Un voyageur de passage qui raconte que "moi, je..." Peut-être des larmes qui s'apitoient sur le mauvais sort, ou un grand rire de soudard revenu de campagne. Si les histoires n'avaient pas l'épaissseur d'une feuille de papier à cigarette, si elles prenaient de l'importance dans le courant d'air, et résistaient au vent mauvais, le Moi serait le plus heureux des Moi, et la petite loupiote prendrait plus de couleurs.
Amen.


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