Souvent la tante Jeanne venait pleunicher pour réclamer quelques sous. Nourrir les mioches qui lui couraient tout autour du ventre, payer les traites de la maison, faire patienter les huissiers qui campaient dans le jardin, ou faire un cadeau pour l'anniv du vieux Lucien, qui le pauvre, se remettait bien mal d'une maladie de foie, morue qui s'en dédit...
Ma mère fouillait dans l'armoire, soulevait les draps pliés, les mouchoirs, et sortait en soupirant quelques billets qui sentaient fort la lavande, ou le jus de chaussettes, vite empochés par la vilaine. Attention, on allait pas non plus faire péter les"Pascal". Quelques "Richelieu 10 NF" bien repassés passaient d'une poche à l'autre...Et fallait être prudents... Le père n'était pas avare de taloches si les comptes dérapaient, et il avait des paluches de boucher. C'était de l'évasion fiscale avant l'heure que faisait ma mère... La tantine maudite promettait un remboursement dans les huit jours, remerciait du bout des lèvres, parce que c'était l'aînée de la couvée, et courait au Mono acheter quelques bouteilles de rouge bien sale, une cartouche de gris, de quoi passer une semaine tranquille.
Quelques mensonges plus tard, l'histoire recommençait. Toute la famille connaissait l'arsouille... Ses menteries ne faisaient rire personne. Personne n'était dupe. Tout le monde savait que la tante Jeanne n'avait jamais eu ni mari, ni enfants...
La famille Vinaigre.
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