D'abord mettons les choses au poing.
J'ai encore toutes les musiques dans les oreilles. Les sonneries des réveils, le son des tambours, les battements de coeur, et les soubresauts de braguettes sont inscrits sur l'almanach grivois, et le calendrier de tous les saints, et saintes depuis le début de la création. Les tam-tams du début, les cris de singe poussés parce que couches sales, et compagnie. Les piaulements de moineau parce que jolie maman, les soupirs de rhino parce que t'es la plus belle. Toute la ménagerie des sons, et lumière, pirouettes, et cascades s'engouffrent, se répandent comme lave de volcan, ruisseaux guillerets, bave de crapaud, et larmes de crocodile. Je ne suis jamais avare d'émotions à remettre sur le métier, savoir s'il existe vraiment (le métier). Je note, je coche, je bafouille au cas où j'aurais des comptes à rendre au guignol du dessus, ou du dessous, selon que la pièce tombera sur pile, ou face. Je connais des adresses d'anciens chenapans. J'ai des listes de cousins de provinces, de promesses jamais tenues. Le bruit de la mer, la cour d'école, la couleur des ciels, les éclairs au chocolat, vanille, tout ça en vrac, quand je déplie la carcasse au pied du pucier, quand j'ouvre un oeil, et me rince le dos avec la pierre ponce.
Plumages, et grattages, font bon ménage dans ma boite à cirage.
Et ce n'est pas le rimailleur de service qui dira le contraire.
J'aimerais tant pouvoir ranger les photos des copains, les cahiers d'écoliers, les plumes au chapeau, les tu te souviens Barbara, bien à l'abri dans un coffiot inviolable, à n'ouvrir qu'en cas de décès, ou d'absence prolongée. Savoir comment mettre la poussière sous les tapis sans qu'ils s'envolent (les tapis), que je reste souvent à me demander pourquoi tant de roucoulades me sont passées sous le nez. Pourquoi, je n'ai jamais réussi à chanter "juste" dans la chorale ? J'aurais fait une basse correcte avec ma voix de fumeur, tout en haut de la scène, statue de Commandeur au-dessus des castrats, droit dans ma barbe de centaure... Mais non. J'arrive juste à sortir de ma bouche des clapotis de grenouille, des paroles de menteur... Les croassements de crapaud en rut...
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