lundi 31 août 2015

L'INTEGRALE ( 7 )

LA MORT
Que jamais la mort ne m'emporte / De l'autre côté du rasoir
Que jamais elle n'ouvre la porte /  Et me balance dans le couloir.
Qu'elle fasse de moi en quelque sorte / Un éternel promeneur
Un découvreur, une âme forte / La fine fleur que l'on déporte.
Je laisse volontiers mes amours / Qui ne m'auront servi à rien
Qu'a faire des tours et des contours / Autour des miettes du festin.
Je laisse volontiers tous les jours / Les joies, les peurs et les chagrins
Pour dire à la mort sans détour /
Qu'elle m'oublie, qu'elle ne sert à rien...
Que jamais la mort ne s'avise / A venir me tirer les pattes
Me faire enfiler sa chemise / Me jouer un coup de Jarnac.
Qu'elle fasse de moi un bateau ivre / Un piaf, un oiseau migrateur
Un animal qui pense qu'a vivre / Sans jamais se soucier des heures.
Je laisse volontiers mes amours / Qui ne m'auront servi à rien
Et rangées au fond de la cour / Mes vieilles illusions de marin.
Je laisse volontiers ces balourds / Qui furent tous mes frères humains
Pour dire à la mort sans détour /
Qu'elle m'oublie, qu'elle ne sert à rien...

dimanche 30 août 2015

L'INTEGRALE ( 6 )

URGENCES ( 2 )
Le gars du bar * a posé un verre gratis et quelques applaudissements discrets offerts par le groupe de menhirs qui stationnait au bout du comptoir pendant que le petzouille ramassait ses abattis et que  des infirmiers poilus et débonnaires ( z'avez remarqué tous les médecins sont poilus et débonnaires ! ) essuyaient le raisinné sur son skaï façon Vince Taylor après un concert à l'Elysée-Montmartre... J'ai remercié d'un coup de menton et avalé le godet cul-sec histoire de faire retomber l'adré qui me sirotait la cervelle... Je ne comprenais toujours pas pourquoi chacune de mes sorties se soldaient par une partie de baston. Que j'échoue dans un bouge de la basse-ville ou que je prenne le soleil peinard sur un transat du Grand Hôtel où j'avais mes entrées, y'avait toujours un teigneux pour me chercher des noises... En prison, Milo, un ancien de la castagne, un dur qu'avait trempé ses paluches dans la poudre avant de finir condamné bêtement, comme un mari jaloux, pour une histoire de cul... Ironie du sort pour un type qui avait son portrait dans tous les commissariats du pays - m'avait parlé d'une espèce de malédiction que je traînais par-devers moi, comme si un vilain korbac picorait sur mon épaule et attirait sur moi la vindicte populaire et les emmerdements en tout genre...  Rien que mon pedigree,  Ignace Perfide,  suffisait à mettre le feu aux fesses des alouettes du coin, me compliquait la vie et coloriait de bleus et de bosses les imprudents du kartier...
Un vieux de Mathusalem s'est approché doucement de moi les bras levés, comme pour éviter la prochaine taloche. Devait penser que j'étais inflammable l'ancêtre ! Il avait mauvaise mine. La tête d'un haricot vert en fin de saison recouverte d'une barbe façon Billy Gibbons et une patte qui dansait la gigue à chaque pas... Il bancrochait, branquillait le long du comptoir, tout proche de la désintégration... Un vieux quoi...
- Mon gars, on m'appelle " Le Verdoyant " rapport à mon galure vert bouteille qu'il m'a dit... J'ai mes entrées dans tous les culs de basse-fosse de cette satanée ville et je te prédis un avenir en forme de confettis si tu changes pas vite fait de crèmerie... Ces gars vont revenir et te la jouer Sergio Léone... C'est pas des tendres...
Moi la tendresse.... Ça faisait un moment que je lui avais pas serré la paluche... Alors...
* En français dans le texte.

samedi 29 août 2015

L'INTEGRALE ( 5 )

PROCHAIN ARRÊT ( SO WHAT )
... /...  .../...  .../...  Je bouge...  Léger froissement des extrémités au fond des draps... D'abord les orteils tordus puis la remontée vers les genoux, la traversée de l'aine, les ronds-points, les sens giratoires qui conduisent jusqu'au bout des doigts qui tapotent l'intro de So What sur les bords de ma boite à musique... Je pousse un pan de montagne qui m'obstruait la vue, ouvre les volets et aère l'intérieur de la cambuse... J'imagine qu'un matou viendra se bouler au pied du lit et que la blondasse entr'aperçue hier sur le quai étirera ses longs tentacules aux ongles carmin, se demandant pourquoi sa tignasse d'Ophélie repose sur l'oreiller d'un inconnu... Je pointe ma longue-vue et regarde ma blonde qui prend un café à la résidence Bel Air... Le mascara bovin du réveil posé sur les draps de soie, regrettant déjà ce long voyage puisque Bob était absent... Elle allume la tsf-musique et Miles souffle So What dans son bignou... Elle sourit en pensant que dans son cas, la B.O " d'Ascenceur pour l'Echafaud " eut été plus appropriée... Et ce vieux bonhomme qui la matait depuis l'autre quai...
Un jour ma mère est partie vers des pavillons de retraite n'emportant avec elle qu'une douleur silencieuse et une petite valise brune qu'une grosse dame en blanc me restituerait à sa mort avec une montagne de reproches pour ma désinvolture filiale, ma dégaine de Marlowe et mon haleine de vigneron... C'est elle qui désormais m'accompagne dans tous mes voyages ( Précisons : Pas la grosse dame, la valise... ). J'y entasse pêle-mêle le nécessaire vital pour des séjours très courts, des sauts de puce qui me font toujours regretter le pays d'où je viens... Pas besoin de ces valises à roulettes qui emmerdent tout le monde à l'entrée des wagons ou des sacs à dos qui vous font vivre entouré de bossus qui ne maintiennent leur équilibre qu'en vous poussant du coude ou en s'appuyant sur vous en vous prenant pour un porte-manteaux...
Quelques slips, chaussettes, frous-frous bon marché... Des carnets, des pages de livres dépareillés, et bien sûr pour corser l'aventure, le colt quarante-cinq et le kilo de cocaïne planqués dans le double-fond de la valoche... Les Civils qui rôdent, des femmes fatales qui bousculent le portillon, jacassent dans leur portable ( je sais qu'elles me dénoncent aux chaussures à clous ! ), des sinistres qui bavent un peu en lisant les cours de bourse et ma pomme toujours inquiète de la prochaine destination - Surtout descendre au prochain arrêt -.
- Dis donc ! Tu peux bouger un peu ton prose ! C'est qu'j'ai du repassage en r'tard avec tes bêtises ! a gueulé Madame Bobinneau... Le jour faisait la nique à l'obscur... Me suis promis d'écouter le Grand Nègre avant les informations et la fin du monde...  J'étais bien de nouveau chez moi...

lundi 24 août 2015

L'INTEGRALE ( 4 )

INTERRUPTION MOMENTANÉE DE L'INTÉGRALE.
- Vous descendez au prochain arrêt. La prochaine destination vous sera communiquée par voie électronique, la mer étant encombrée de trop de messages-bouteilles laissés sans réponse.
- Nous rappelons aux voyageurs que tout bagage oublié sur le quai sera détruit. Les restes du défunt sont à réclamer à l'accueil muni d'une carte d'identité valide ( Je l'ai pas soupire Suzanne, elle est restée dans la valise... ).
- Les vieillards sont priés de se diriger vers la consigne où les service sanitaires prendront en charge les trous de mémoire et les poches-pipi.
- Aucune réclamation ne sera admise quant au confort des passagers en transhumance... Ils causent déjà assez de soucis à la Direction et aux Services de la Protection de l'Errance...

L'INTEGRALE ( 3 )

Hé ! Hé ! Ça ricane dans les chaumières... Ça jacasse dans les pissotières, et la ruche est en émoi. Le lecteur incrédule se dit que les souvenirs enorgueillissent ceux qui n'ont plus d'avenir... Qu'il va devoir encore supporter les raconteries, les souvenances dun Oteur qui va le tanner avec une saga familiale, l'ombre immense du père, les locomotives à vapeur et l'odeur du foin dans les greniers de son enfance... Le lecteur dubitatif se fiche du relent des vespasiennes du faubourg et du cinéma Rex qui passait des péplums avant d'être transformé en bonbonnière pour films classés X...  Ces lieux un peu louches où des hommes fébriles se donnaient des rendez-vous énigmatiques... Aujourd'hui, il joue à touche pipi avec ses écrans, empile des likes, des tweets, voyage gratis dans les ruelles de Singapour, s'inscrit sur des forums qui n'ont plus rien de romain et se demande ce qu'il est advenu d'Ignace Perfide le juilletiste engagé qui avait fracassé un mastard à la terrasse de la Paillotte de la Plage...
J'ai dix ans. J'aligne des soldats de plomb sur le carreaux de la nappe plastoc en faisant des bruits avec ma bouche quand le canon tonne et que la cavalerie lance une offensive contre la boite d'allumettes format familiale... Je crois encore que les enfants naissent par hasard et j'ai très peur de Nénesse le copain de papa qui a une tête d'ogre et des mains qu'il promène dans mes cheveux en brosse...
Nous apprendrons plus tard que le sinistre est tombé sous les coups de surin d'un compagnon d'infortune, rendu jaloux par sa fréquentation assidue des latrines publiques...
Mais c'est déjà une autre istoire...

samedi 22 août 2015

L'INTEGRALE... ( 2 )

La belle avait raison. Ce matin, ayant regagné le port sans encombres si ce n'est quelques moucherons qui volettent sur le gaillard d'avant, je prends conscience du désastre qui s'annonce... Les rodomontades de Suzanne - Elle est dans mes petits papiers, je vous en parlerai un jour -, les bouteilles de sueur, de larmes minérales... La transgoutation ( transmutation ! ) infernale, les râles et les nervouzes toutes  gazéifiées à la Source qu'il me faudra verser... Le vol noir des corbeaux des partisans ou le crin crin du zigoto qui joue dans le kiosque les jours où tous les chats sont gris... La salope, la vilaine, la camarde, la faucheuse, la méduse...  La dernière à venir poser son haleine de serpent sur mes petits matins blêmes... Celle qui va traire mon jus de vie, ma soif  de cinoche,  mon goût pour le Paris-Brest et les danseuses à Degas... Me faire un croche-patte d'autobus, une panne de secteur, un coup de trafalgar, une chute de cheval et m'envoyer aux pâquerettes réjouir les veaux là où l'herbe est plus verte... Je sais tout ça. Ca me vient comme une bouffée d'air con, une envie de barbe à papa, une barbiche de centenaire, un pompon de marin... C'est foutrement tentant de mêler le sucré à l'amère, le sang et l'élixir de jouvence, l'été indien et la morte-saison...  Comme sucer un sorbet de dynamite... Dans le fond des abysses brillent de drôles de lumières disait un poète anonyme durant sa vie et inconnu après sa mort... Mais il faut bien un jour l'autre, tirer le fil, défaire la pelote...
Ce matin, je trempe ma tartine. Je tire des plans, fait des comptes, des géométries barbares...  Inventorie les instruments... Le piolet pour la glace, la scie musicale, indispensable pour la romance, le flingot pour l'action... Le café et les amphés dans le sac de voyage, la bignole dans l'escalier, le fauteuil de Monsieur Pierre... Un peu de poivre des îles qui relèvera le patacaisse... Le grand saut par-dessus la Madone qui prie dans un monde sans piété ( sans pitié... ) et mon bouillon d'onze heures qui refroidit sur la toile cirée de la cuisine... Tout pourrait commencer dans ce gourbi vert pisseux qui sent la mauvaise graisse et les années cinquante...
A suivre.




vendredi 21 août 2015

L'INTEGRALE...

Un soir que j'étais saoul, coincé entre deux cigarettes, la moitié enseveli sous un monceau de vieilles idées des années soixante-dix, essayant malgré tout de faire bonne figure et de garder le cap, les yeux sur la ligne bleue des Vosges et sur les Golfes Clairs du Poète, je me suis promis de porter à l'écran une istoire sans H ( pour faire chier l'éducation nationale ), une longue litanie ( qui ne serait sûrement qu'un blabla du pleunichard patenté que je suis ), un conte sans bergère et sans particule...  Juré aussi de faire le tour de pâté de maison au petit trot ( pour faire fondre les graisses impies ), d'acheminer la galette et le pt'it pot de beurre dans les meilleurs délais ( qui amusent tant les mouflets ) et de porter par méchanceté pure l'estocade fatale à la botte du Chevalier de Lagardère ( Riton de son prénom ) manière de lui remettre sa bosse à l'endroit...
Suzanne mon altière ego m'a souhaité " Bon vent ! La paille au cul et le feu devant ! "une façon comme une autre de me signifier qu'écrire n'était pas un boulot pour un malfaisant comme moi, que la seule lubie que j'avais menée à bien avait été de me faire passer pour un enfant de choeur et siroter le vin de messe dont, je tiens à le dire, la qualité est bien surfaite...
Bourrique ! a blasphémé la marâtre en me secouant comme une tapette à mouches... Tu ne vois pas que ta chaloupe dérive, que ton âne recule et que ton percepteur te guette !!!!! N'est pas histrion qui veut ! Trois phrases d'affiler... Ça se mérite... Promesses d'ivrogne ! Cacophonie de baltringue ! Turlututu... Tu nous escaguasse le spountz... J'en ai l'intimité qui tremble dans ma culotte fendue devant tant de veuleries.... La crête qui pousse et mes tétons de vingt ans qui me reviennent...
J'avais à peine trouvé l'intro que déjà le jour se levait avec son nez plein de pluie d'automne, son air louche au coin de la bouche et l'idée qu'il me faudrait un jour mettre de l'eau dans mon vin...
A suivre.

Vieille galette.